Le mono n’est pas un problème du passé. Le haut-parleur d’un téléphone est mono. Les deux haut-parleurs d’un portable sont assez proches pour être mono dans le grave. Une sono de club fait souvent tourner les subs en mono exprès. Un assistant vocal, une télé, le plafond d’un magasin, une voiture avec un haut-parleur de portière grillé. Tout ça est mono, et ce sont tous des endroits où votre morceau sera écouté.

Quand un fichier stéréo passe en mono, les deux canaux s’additionnent. Tout ce que les enceintes jouent à l’identique gagne 6 dB par rapport à lui-même. Tout ce qu’elles jouent en polarité opposée s’annule et disparaît. La plupart du contenu se situe entre ces deux extrêmes et perd une certaine quantité de niveau au passage.

Le problème, c’est que la perte ne se répartit pas uniformément. Elle se concentre dans tout ce que vous avez élargi.

Ce que coûte l’annulation

Deux signaux identiques en polarité opposée s’additionnent en silence. C’est le cas extrême, et il est rare. Ce qui est courant, c’est l’annulation partielle : un synthé large perd 3 dB, une réverbe 4, une guitare doublée 2, et le mix qui paraissait plein en stéréo ressort maigre et petit en mono.

Les fréquences où ça fait le plus mal sont les graves. La basse porte le plus d’énergie, donc quelques décibels perdus sous 150 Hz changent davantage le morceau que la même perte à 8 kHz. C’est aussi la zone où un élargisseur stéréo fait le plus de dégâts, parce qu’élargir déplace de l’énergie hors du centre, là où vit la basse.

Lire la corrélation

Un corrélateur va de +1 à -1.

+1 signifie que les deux canaux sont identiques. Du contenu mono. Il passe parfaitement en mono et gagne 6 dB.

0 signifie qu’ils n’ont aucun rapport. C’est normal, et sans problème, pour du matériel stéréo large. Le passage en mono coûte environ 3 dB sur ce contenu.

-1 signifie qu’ils sont identiques et opposés. Ça s’annule complètement en mono.

Tout ce qui reste sous zéro pendant un moment mérite qu’on s’y intéresse. Les creux brefs sont normaux : une queue de réverbe, un transitoire large. Un corrélateur bloqué à -0,3 pendant tout le refrain signifie que quelque chose dans ce refrain va disparaître.

Le piège, c’est qu’un seul chiffre pour tout le spectre en dit très peu. Un mix peut afficher +0,4 au total et perdre quand même 5 dB de basses, parce que la basse n’est qu’une petite partie de ce que regarde un corrélateur pleine bande. C’est la corrélation par bande qui rend la mesure exploitable.

La perte en mono, c’est le chiffre qui compte

La corrélation vous dit à quel point les canaux sont liés. Elle ne vous dit pas ce que coûtera le passage en mono, et c’est pourtant la question que vous vous posez.

La perte en mono, si : c’est la différence en décibels entre le niveau actuel et le niveau après addition. Moins un décibel, ce n’est rien. Moins trois, ça s’entend. Moins six sur la bande grave, ça veut dire que la moitié du poids de votre morceau va disparaître sur un téléphone, et vous voulez le savoir avant de l’exporter.

Lisez-la par bande. Un mix qui perd 1 dB en haut et 6 dB en bas n’appelle pas du tout la même correction qu’un mix qui perd 4 dB partout.

Pourquoi le bas demande un regard plus long

Résolution en fréquence et résolution dans le temps s’échangent l’une contre l’autre. Une trame d’analyse normale, autour de 2048 échantillons, résout le haut du spectre avec beaucoup de détails et laisse les deux octaves du bas sous forme d’une poignée de bins flous. Sous 200 Hz, vous avez peut-être huit bins pour couvrir toute la zone où vivent votre grosse caisse, votre basse et votre sub.

Huit bins ne peuvent pas vous dire que le problème est à 60 Hz et pas à 110. Une trame quatre fois plus longue vous donne dix lignes en tiers d’octave sur la même zone, construites à partir d’environ soixante-dix bins, ce qui suffit pour nommer la fréquence. Elle se met à jour plus lentement, ce qui est un compromis honnête pour une mesure que vous prenez délibérément plutôt que de la regarder en continu.

Le résultat utile, ce n’est pas une aiguille. C’est une phrase : la pire bande est à 63 Hz, le passage en mono y coûte 5,2 dB, et le mono sous 120 Hz en récupère 4.

Les corrections, dans l’ordre

Passez le bas en mono. Un crossover qui ramène au centre tout ce qui est sous 100–150 Hz règle d’un coup la plupart des problèmes de basses en mono, et ne s’entend pas en stéréo, parce que ces fréquences, vous ne pouviez de toute façon pas les localiser.

Trouvez le problème de polarité. Si un élément entier s’annule au lieu de s’amincir, un canal est inversé quelque part. Vérifiez les prises doublées, les one-shots stéréo samplés, et tout ce qui est passé par un élargisseur stéréo avec une largeur au-delà de 150 %.

Levez le pied sur l’élargissement. Les plugins de largeur qui fonctionnent en inversant et en retardant un canal achètent de l’ouverture stéréo avec de la compatibilité mono. Si le passage en mono vous coûte 5 dB et que vous avez élargi trois choses, annulez l’élargissement avant de chercher quelque chose de plus astucieux.

Resserrez la réverbe, ne la supprimez pas. Les retours de réverbe sont en général ce qui contribue le plus au canal side, et ce qu’il est le plus facile de resserrer un peu sans que personne ne le remarque en stéréo.

Pour commencer

  1. Vérifiez le mono à la fin du mix, pas à la fin du master. Les corrections sont dans le mix.
  2. Regardez la perte en mono par bande avant d’écouter. Connaître le chiffre vous empêche de vous convaincre que le passage en mono va bien.
  3. Passez en mono et écoutez une fois au même niveau. Ni plus fort, ni moins fort.
  4. Corrigez d’abord la bande grave. C’est le chiffre le plus élevé et la correction la moins chère.
  5. Revérifiez. Chaque correction fait bouger les autres, et un seul crossover règle souvent tout.